Le blog du projet des conquérants de l'illusion: onze peintres rendent hommage à onze pionniers de l'image fixe et animée.
En une phrase, Vladimir Vélickovic résume la flamme qui anime son oeuvre :
« C’est une épreuve de vitesse entre mes toiles et moi-même. Je fais la course contre mon tableau
et il rivalise avec moi. »
Au début des années soixante,Vélickovic détermine les thèmes qui figureront de manière permanente dans son oeuvre. Il peint des hommes ou des animaux – rats ou chiens – dont les corps sont
confrontés à des situations terrorisantes. La dominante des noirs, gris, ponctués de rouge sang, participe à la révélation de ces tensions.
Le peintre s’est, au cours de son itinéraire, beaucoup intéressé au mouvement. S’inspirant des travaux de Muybridge, comme son contemporain Marey, sur l’analyse chrono-photographique du
mouvement, Vélickovic, au coeur des années soixante dix, a revendiqué cette double urgence : le mouvement de son sujet mais également la violence du peintre, dans implication immédiate, dans son
rapport physique à la toile. Si la série des « Chiens » met en scène cette vision du mouvement, d’autres urgences animent sa main. « Vélickovic peint la mort, ou la course à la mort » écrit Jean-
Luc Chalumeau. Témoin, dans son enfance, des atrocités commises par les nazis en Yougoslavie, l’artiste a voué sa peinture à la représentation du corps, corps déchiré, mutilé, secoué par
d’atroces souffrances, voué à d’épuisantes courses sans issue. Cette urgence là, serait-elle celle de témoigner pendant qu’il en est encore temps ? S’agit-il de transmettre, de révéler, de
dénoncer la dureté du monde ? Lorsque la toile, souvent de très grandes dimensions, tremble sous les assauts du pinceau, quand elle souffre elle aussi de ce combat que lui livre le peintre, c’est
peut être de cette rivalité décrite par Vélickovic qu’une vérité de l’oeuvre jaillit : la vie passe par le mouvement.CG