Gérard Guyomard prépare son hommage à Louis Aimé Auguste Leprince, qui présenta sept ans avant les frères Lumière, la première projection des images photographiques animées.
" Cinoche… le cinéma dans son acception populaire, le film et sa représentation, la pellicule et les salles de quartier… le cinéma comme vecteur de souvenirs, de références, d’illusions, de
mythologies. Un corpus qui, ici s’incarne dans la dimension policière, donc dans un genre, précis, répertorié, possédant son histoire, ses codes, de multiples variations sur le thème criminel
et qui se décline tout naturellement pour Gérard Guyomard telle un contexte érotique. La femme fatale dans tous ses états de Et Dieu créa la femme à Basic instinct. Les peintures sont
identifiées par le titre du film : Touchez pas au grisbi, Bonnie and Clyde. L’écran, la toile, l’enjeu est de taille et peut prêter à confusion. Travailler pour un peintre sur l’image animée
implique le plus souvent une réflexion sur le cadre, sa présence et sa force évocatrice. Le cadre, le hors champs bien évidemment, la séquence, donc la narration. Faut-il rappeler que Gérard
Guyomard a été apparenté au mouvement de la Figuration narrative ? Participation qui relevait beaucoup plus de l’électron libre que de l’insertion dogmatique dans une école. Car Gérard Guyomard
superpose, découpe, capte pour mieux les piéger : objets, formes et signes. Son travail s’affirme telle une réflexion pratique sur la composition. Le squelette, l’architecture, la mise en
rapport, tel est son souci. Une recherche permanente du mouvement, de la troisième dimension. La démarche de Guyomard s’apparente à celle du jongleur, de l’équilibriste, de l’illusionniste
même. La cohérence se révèle dans ce point nodal, cette harmonie incertaine et tourmentée propre à cet univers pictural. Il faut un aplomb certain pour peindre comme Guyomard, pour s’engager
dans cette voie périlleuse et kaléidoscopique de la représentation de la vie quotidienne et de ses mythes. Un « peintre de la vile moderne », Baudelairien ! Certes, mais surtout la claire
compréhension et ce, à travers tout son parcours artistique, de la prise en compte du mouvement, de la vie, irréductiblement. Le cinéma est ici, capté dans son essence, une usine aux images,
telle que la définissait Ricciotto Canudo : « Le cinématographe est donc le théâtre d’une Pantomime nouvelle. Il est consacré à la Peinture en mouvement, et il présente la manifestation
complète d’une singulière création réalisée par des hommes nouveaux. C’est la pantomime moderne, une nouvelle danse de l’expression ». Le cinéma devenu le Septième art ne peut renier ses
origines foraines, qui se décline encore aujourd’hui dans une oscillation perpétuelle entre artisanat et industrie culturelle."(...) Robert Bonaccorsi