Le blog du projet des conquérants de l'illusion: onze peintres rendent hommage à onze pionniers de l'image fixe et animée.
Photo : Alber Londe « Régates au club nautique de Nice)
« À la suite de la commercialisation de l'autochrome en juin 1907, Londe teste la plaque Lumière et en rend compte à ses lecteurs du Chasseur français. Son enthousiasme est immédiat: en deux ans
de chronique mensuelle, douze articles seront consacrés à la photographie des couleurs. Toutefois, durant cette période, son usage du procédé ne filtre que par ce rendez-vous avec ses lecteurs:
aucune image n'est présentée en public. Le décès de son épouse Isabelle, en août 1908, ayant probablement marqué un temps d'arrêt brutal dans ses expérimentations, ce n'est qu'à partir de 1909
que l'on trouve mention de ses autochromes. Après une première projection à la Société française de photographie, ses plaques animeront quelques séances de la SEAP et du [p. 36] Photo-Club de
Nice, et seront exposées à trois reprises jusqu'en 1914.(…)
À partir de 1910, plusieurs formules sont proposées pour augmenter la sensibilité de l'émulsion dans la frange des radiations les moins actiniques (vert, jaune, orangé, rouge) par immersion dans
des bains de colorants sensibilisateurs1. Cette "hypersensibilisation" permet d'accroître de quatre à cinq fois la rapidité des autochromes. Tandis que le reporter-photographe de L'Illustration
Léon [p. 38] Gimpel (1878-1948) se distingue immédiatement par ses instantanés dès le mois de décembre 1910 (fig. 3. L. Gimpel, "Paris ; 18 décembre 1910. La rue du Pont-Neuf. Premier essai
d'instantané", plaque autochrome, 9 x 12 cm, coll. SFP), Londe réalise des essais sur autochromes hypersensibilisées selon la méthode Simmen à partir de 1911. Défilés de troupes à cheval, vagues,
vues de régates, illuminations: les sujets croisent les motifs récurrents de l'iconographie instantanéiste avec ceux d'une autochromie privilégiant la recherche chromatique. À l'instar de Léon
Gimpel, Londe s'essaye à l'exercice fascinant et d'une extrême difficulté de la photographie nocturne d'éclairages au néon. Mais ce sont ses vues de régates du Club nautique de Nice, projetées et
exposées en 1912, qui retiennent l'attention par leur exceptionnelle précision (fig. 12. A. Londe, "Régates du club nautique de Nice. 1912", plaque autochrome, 9 x 12 cm, coll. ASOAL). Elles sont
une forme de défi lancé aux limites du procédé, comme les explosions dans les carrières d'Argenteuil, les feux d'artifices, les tics et convulsions des hystériques avaient pu l'être dans les
débuts de la photographie instantanée. Le choix du sujet de la régate est doublement judicieux: outre le motif qui convoque les premiers modèles visuels de la prise de vue de sujets en mouvement,
la réverbération de l'eau et la luminosité du ciel nicois fournissent [p. 39] les conditions d'éclairement les plus favorables à la réussite de l'instantané sur autochrome. »
Extrait de « Albert Londe positions autochromistes »
Nathalie Boulouch Etudes photographiques N°6 Mai 1999